Femme excisée : comment trouver le plaisir sexuel et l’orgasme ?

« À quoi ressemble la sexualité de la femme excisée ? De quelle façon une femme peut-elle atteindre l’orgasme avec l’excision ? », voici les questions que m’a posé Djamira du Burkina Faso. Éléments de réponses dans cet article ! 🙂

Femme excisée : comment trouver le plaisir sexuel et l'orgasme ?
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Panorama sur les mutilations génitales féminines

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) répertorie 4 types de mutilations sexuelles :

  • la clitoridectomie (ablation partielle ou totale du gland du clitoris et/ou du prépuce ou capuchon),
Dessins DU LIVRE « Femmes du monde »
  • l’excision (ablation partielle ou totale du gland du clitoris et/ou des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres),
  • l’infibulation (le fait de coudre le prépuce chez l’homme ou le vagin et les petites lèvres chez la femme pour empêcher les rapports sexuels),
  • et les autres interventions nocives comme le percement, l’incision, la scarification (incisions superficielles de la peau) et la cautérisation (le fait de brûler de la peau).
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Les conséquences de l’excision sur les femmes excisées

Peu de femmes ont conscience d’avoir été excisée : cette intervention se pratique avant l’âge de 15 ans et le plus souvent avant l’âge de 5 ans.

En découvrant leur sexe mutilé, certaines femmes peuvent vivre une variété d’émotions : colère, tristesse, sentiment de trahison, etc. D’autres femmes ne ressentent rien de particulier et leur vécu est tout autant valable.

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Les conséquences de l’excision peuvent être vécues sans que les femmes excisée fassent nécessairement le lien avec les mutilations génitales subies.

Chaque femme vit la mutilation génitale de façon unique

Les femmes excisées peuvent rencontrer diverses problématiques de santé sur le plan physique :

  • Des douleurs en urinant
  • Des douleurs pendant les menstruations ;
  • Un risque d’incontinence ;
  • Des infections à répétition ;
  • Des douleurs lors des relations sexuelles (dyspareunie) ;
  • Des sensations sexuelles plus limitées ;
  • Des complications au niveau des lésions cicatricielles (formation de kystes et d’abcès) qui sont parfois douloureuses sur le clitoris ;
  • La stérilité ;
  • Des complications lors des grossesses et des accouchements (des saignements excessifs, des déchirures du périnée, un travail prolongé…) ;
  • Ainsi que des répercussions sur les nouveaux-nés avec des risques plus élevés de décès.

Sur le plan psychologique, les femmes excisées peuvent vivre :

  • De possibles sentiments de ne pas être « une femme » ou une perception que leur corps est « fermé » ;
  • De la dépression, de l’anxiété et/ou des crises de paniques ;
  • Des symptômes de stress post-traumatique (agitation, souvenirs récurrents, intrusifs et négatifs de l’événement, dissociation, stratégies d’évitement et de contrôle, dysfonctionnement de la mémoire, etc.) ;

L’impact de l’excision sur la vie des femmes peut varier d’une femme à l’autre :

  • en fonction de l’intervention en elle-même (quelles ont été les conditions d’hygiène ?),
  • l’étendue des lésions et la gravité des complications ;
  • l’âge de la femme et l’existence d’autres traumatismes ;
  • les ressources psychologiques, culturelles et sociales pour faire face à l’expérience vécue.

Dans le pays d’origine, l’excision est associée à des croyances positives : elle peut être vu comme une façon de protéger les filles, de leur faire accéder à la « pureté », de leur permettre une meilleure hygiène, de rendre les femmes plus attrayantes, en plus de favoriser leur fécondité tout en leur assurant une sécurité économique et l’acceptation sociale. L’excision donne en effet aux femmes la possibilité de se marier.

Le contexte social et culturel peut ainsi protéger les femmes contre des troubles traumatiques. Certaines études soulignent que les troubles psychiques peuvent apparaître lors de la migration dans un pays qui refuse l’excision.

Le clitoris, un organe du plaisir en partie préservé

Nous pouvons régulièrement lire que l’excision consiste en l’ablation du clitoris.

Mais ce n’est pas tout à fait exacte : l’excision détruit totalement ou partiellement la partie extérieure du clitoris, soit le capuchon et/ou le gland. La majorité du clitoris est donc encore belle et bien présente suite à une excision.

Le clitoris est un organe qui mesure entre 10 et 13 cm de long et qui comprend plusieurs structures internes :

Schéma du clitoris

La plus grande partie du clitoris se trouve à l’intérieur du corps des femmes : les bulbes, le corps et les piliers sont préservés lors de l’excision.

Les structures internes du clitoris comportent des capteurs sensoriels qui peuvent contribuer aux sensations de plaisir agréables.

La sexualité des femmes excisées

Certaines femmes excisées peuvent ressentir du plaisir sexuel en stimulant leur sexe de différentes façons. Des femmes excisées sont même capables de vivre des orgasmes !

Certaines femmes excisées peuvent aussi investir d’autres zones érogènes comme la poitrine, en lieu et place du clitoris.

Le plaisir sexuel ne se résume pas aux organes génitaux : c’est avant tout le cerveau qui orchestre les sensations et les émotions.

Le fait de se sentir belle ou aimée, d’être stimulée par des caresses sur le corps, par des sons (comme des soupirs de plaisir ou des mots d’amour) ou de sentir des odeurs charnelles peut contribuer à vivre des émotions agréables de plaisir.

Les femmes excisées sont toutefois nombreuses à vivre des difficultés sexuelles pouvant être attribuables à l’excision :

  • Des sensations de déchirures ou de cassure lors de la pénétration vaginale (dyspareunie) ;
  • Un plaisir bloqué ou limité en lien avec les souvenirs inconscients de l’événement traumatique (l’intégrité corporelle étant bafouée lors de l’excision, le corps peut chercher à se protéger en se crispant ou en bloquant les sensations) ou une méconnaissance des parties internes du clitoris ;
  • Un manque de désir sexuel ;
  • Des peurs ou des craintes en lien avec les relations sexuelles ou le fait d’être touchée ;
  • Des difficultés à atteindre l’orgasme (anorgasmie).

La sexualité des femmes excisées n’est donc pas unique : elle s’exprime de différentes façons et chaque femme vit une sexualité qui lui est singulière.

SYSTÈME REPRODUCTEUR FÉMININ

À noter : le vagin est un organe peu sensible et son plaisir n’est ni automatique, ni spontané. De nombreuses femmes (y compris des femmes non mutilées) ressentent peu de sensations lors des rapports sexuels.

Pour ressentir du plaisir sexuel, le vagin a besoin d’être érotisé et d’associer les contacts sexuels à des émotions agréables.

À lire à ce sujet :
« Pas de plaisir vaginal » : que faire ?
Comment avoir un orgasme vaginal ?

Les solutions vers un mieux-être sexuel

Pour se débarrasser de certaines douleurs, se réapproprier son corps et sa sexualité ou pour se sentir « femme », les femmes excisées ont plusieurs solutions qui s’offrent à elle :

  • La psychothérapie (pour gérer l’anxiété, la douleur et les questions identitaires) ;
  • La thérapie sexologique (pour développer ses sensations sexuelles) ;
  • La physiothérapie du plancher pelvien (pour réduire les douleurs et développer son plaisir sexuel) ;
  • La chirurgie reconstructive du clitoris (pour se débarrasser des douleurs) ;
  • La défibulation (contre les douleurs) ;
  • La thérapie de couple (en cas de difficultés sexuelles et/ou de conflits) ;
  • La thérapie EMDR (pour traiter les séquelles du traumatisme), etc.

Toutes ces solutions permettent d’en retirer des bénéfices et aucune d’elle n’est obligatoire !

La chirurgie reconstructive du clitoris

La chirurgie reconstructive du clitoris consiste à retirer les tissus cicatriciels et à utiliser les tissus du clitoris interne pour les placer au niveau du gland du clitoris.

L’opération dure seulement vingt à trente minutes et peut aider à réduire les douleurs (notamment si l’opération est combinée à une psychothérapie et/ou une physiothérapie du plancher pelvien).

Le travail post-opératoire peut aider à récupérer des sensations sexuelles mais il n’est nul besoin de se faire opérer pour cela : une thérapie sexologique peut se révéler tout autant efficace, avec notamment la pratique de la méditation de peine conscience.

Utile pour vous : le programme Sexo-Connexion pour femme peut vous aider à vous connecter à votre sexe et à nouer une relation plus positive avec votre corps. 🙂

Graphique montrant le fonctionnement sexuel de femmes excisées avant et après une chirurgie de reconstruction du clitoris
Fig. 1. Sous-scores médians du FSFI chez 12 femmes ayant subi une MGF/E et subissant une reconstruction clitoridienne avant (M0) ainsi que 3 mois (M3) et 6 mois (M6) après l’intervention, CHU de Nantes, 2013-2014.

La défibulation pour réduire les douleurs

La défibulation est une opération chirurgicale qui consiste à ouvrir le tissu cicatriciel recouvrant le vagin. Elle aide à réduire les conséquences physiques de l’infibulation.

Cette opération peut soulager les femmes des douleurs pendant les règles, au moment d’uriner, lors des rapports sexuels ou pendant un accouchement.

Sur le chemin de l’épanouissement sexuel

Le clitoris n’est pas un interrupteur à plaisir ou à orgasme. Les mutilations du sexe féminin n’anéantissent donc pas forcément les possibilités de plaisir, d’orgasme et de satisfaction sexuelle chez les femmes excisées.

Pour s’épanouir dans l’intimité, les femmes excisées doivent comme toute autre femme, explorer leur corps et développer un rapport sain et positif envers elle-même, la sexualité et leur partenaire.

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En cas de douleurs ou de blocages sexuels, les femmes peuvent consulter des médecins, psychologues ou sexologues pour se faire aider.

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Références scientifiques

Autres ressources consultées

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